A l'invitation de Buzzaparadise qui m'avait déjà convié à l'avant-première de Borat, je me suis rendu à celle d'Inland Empire.
Je sais que David Lynch est un réalisateur hors du commun depuis que j'ai vécu 2h et des poussière de malaise devant "Twin Peaks le film" il y a 10 ans (je classe son Elephant Man et Dune dans un autre genre). Je savais donc que j'allais être provoqué/choqué/décontenancé, que je ne comprendrais peut-être rien mais je me suis dit que ça se tentait ... Je n'ai pas été déçu :)
Je vous donne le pitch tel qu'inscrit dans le dossier de presse (on remarquera que c'est la seule phrase portant sur l'histoire de ce document, l'attachée de presse responsable de la chose ayant du être aussi perdue que nous) : "Une histoire de mystère. Au coeur de ce mystère, une femme amoureuse est en pleine tourmente".
N'allez pas chercher là les prémisses d'une histoire construite comme le laisserait presque penser la mensongère bande annonce que je mets plus bas mais plutôt une juxtaposition de séquences dédiées au malaise avec probablement pour seul lien un postulat artistique. Le film a été tourné sans scénario, avec une écriture improvisée au fur et à mesure et ça se voit malgré le caractère virtuose de certaines images. A noter que le titre du film n'est du qu'à l'attrait éprouvé par Lynch pour la sonorité des mots Inland Empire prononcés par Laura Dern, pas plus... ca vous donne une idée de l'oscillation entre exercice de style, plaisir esthète et peut-être envie de montrer quelque chose dans lequel se maintient le film.
A ce titre, si vous voulez avoir une idée de ce que vous allez voir pendant 2h52, regardez cet extrait de séquences extrêmement représentatif :
Vous le savez peut-être, Lynch est également un plasticien : il peint, il sculpte... Le problème d'Inland Empire réside en cela. Lynch ne propose pas un film "classique" mais une oeuvre vidéo proche de l'art contemporain qui révèle une nouvelle fois les sujets qui le passionnent : l'obsession, le dédoublement de personnalité, l'envers du décor... Le problème c'est que souvent l'art contemporain est à la limite du "foutage de gueule" et on se pose la question de manière récurrente pendant 2h52 : "est-ce que je suis sufisamment lecteur de télérama ou tordu ou intellectualiste ou prétentieux ou névrosé pour apprécier cet assemblage de scènes perturbantes auxquelles je comprends vaguement quelque chose...". Et je dis ça mais je vais quand même me poser la question de la volonté du réalisateur pendant plusieurs jours.
Le tournage prend place à deux endroits : Los Angelès et Lodz (une ville polonaise aussi glauque que l'ambiance) L'ensemble est tourné en DV (souvent utilisée pour les films "improvisés" car la bande coute trop cher à jeter...). La bande son est magnifiquement adaptée à l'ambiance. Le casting lui est somptueux. Les acteurs sont bons, voire excellents. On retrouve Laura Dern (Lula dans Sailor et Lula), Justin Theroux (Adam Kesher dans Mulholland Drive) et le parfait Jeremy Irons, nouveau venu dans la galaxie de Lynch. On aimerait juste comprendre ce qui les anime (eux et leur personnage) dans cette histoire ovni. A part le fait d'associer leur nom à Lynch, comment les a-t-on motivé à ça ? Qui ont-ils trouvé ?
Alors bon... Trop de décalé tue-t-il le décalé ?.. Il ne m'appartient pas de décider qu'Inland Empire a plus sa place à Beaubourg que dans une salle obscure mais je sais en tout cas qu'il s'agit d'un film unique et d'une expérience peu accessible qui ne s'adresse qu'aux curieux de sensations nouvelles et étranges ayant du temps à y consacrer... Je vous laisse avec la bande annonce :
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