La semaine dernière, j'étais convié, avec ma compagne, à l'avant-première de la pièce "Le Molière imaginaire" gràce à mon pote Darkplanneur. J'en profite pour remercier la prod et le Théâtre des Mathurins (dont il me semble qu'Yvan Varco, le directeur, fait partie des auteurs de cette pièce).
Difficile exercice que celui auquel je me livre en vous donnant mes impressions. Autant je me sens légitime lorsqu'il s'agit de littérature, de cinéma ou de BD, autant là... J'ai beau avoir passé une partie de ma vie dans le milieu du spectacle, notamment ma petite enfance dans les couloirs de l'opéra-théâtre d'Avignon, je ne suis pas très sur de ce que devrais en dire.
2 Personnages, 2 acteurs. Un duo. Un duel.
"17 avril 1664. 19h15. Molière rentre chez lui. Les répétitions de sa nouvelle pièce, 'Tartuffe', viennent d'être interrompues: les représentations sont interdites sur ordre du Roi Louis XIV! Toute sa force, tout son talent, toute son habileté à dépeindre l'hypocrisie de son temps sont à cet instant remis en cause. Pourtant, dans son bureau, un visiteur inattendu est là..."
Cette présentation officielle est probablement la meilleure qu'on pourrait en faire. Expliquer la suite impliquerait forcément d'entrer dans l'intention de l'auteur et devant la multiplicité des propos, il parait difficile d'en faire une synthèse correcte. Je vais quand même essayer...
Ce qu'il faut savoir c'est qu'il s'agit là d'une reprise puisque la pièce avait déjà été jouée en 2006 au théâtre Mouffetard. La différence tient en partie dans la mise en scène puisque Roget Louret succède à Giovanni pampiglione et au remplacement de Pierre Santini par Roger Miremont en tant que Molière. Seul à faire le pont, Benoit Solès, qui s'amuse lui-même à rappeler son rôle dans les "Vacances de l'Amour" reprend le rôle du roi. Autant le dire tout de suite, j'ai apprécié la prestation des acteurs qui à eux seuls valent le déplacement.
Petite remarque avant d'aller plus loin : durant les 3 semaines précédant la première, Benoit Solès a été suivi pendant la préparation de la pièce. Croisement entre le making off et le "théâtre réalité", c'est une expérience intéressante qui amène évidemment à la sympathie envers les acteurs. Le tout est visionnable sur www.moliere-academie.com et dailymotion.
Tiens d'ailleurs dans la vidéo de teasing de la représentation à laquelle j'ai assisté, on voit bien Mry :)
Parlons maintenant de la pièce.
Mon principal souci c'est qu'elle est très (trop?) riche.
En imaginant cette rencontre entre Molière et Louis XIV, les auteurs se payent le luxe de revisiter l'histoire. Toute la pièce se résume donc à la discussion que pourraient avoir eu les deux hommes lors de l'interdiction de Tartuffe par le roi. Celle-ci sert de prétexte à de nombreuses disgressions sur ce qu'est le pouvoir, le jeu d'acteur, sur la situation historique, le rôle du roi, etc. Le problème c'est qu'il y a à la fois un travail sur la langue, sur l'histoire (à ceci près que mon historienne préférée me dit que certaines idées sont plus fantasmées qu'exactes), un travail de comédien, une volonté de liberté, une envie de comique et de modernité. C'est beaucoup pour une seule pièce. L'impression que j'en garde se résume à "qui trop embrasse mal étreint". Le style ne cesse de varier entre contemporain et classique, entre comédie et mélodrame, entre fantasme historique et plaisir fictif de l'auteur, entre artifices incongrus et éléments de profondeur... Pas facile d'avoir un seul avis d'autant qu'au-delà du thème, la pièce est inégale. Les acteurs comme le texte ont des fulgurances qui permettent à l'ensemble d'être une bonne expérience mais le tout est déséquilibré. J'ai aimé certaines choses, j'en ai trouvé d'autres ratées. C'est dommage parce que certaines répliques sont ingénieuses et certains passages réjouissants. Pareil, la mise en scène cumule les bonnes idées au milieu d'éléments discutables. On y trouve de drôles de choses notamment des vélléités de cape et d'épée qui tiennent du gimmick si on leur retire leur prétexte narratif. On ne sait pas vraiment quelle est la thèse de l'ensemble au-delà de son intérêt scénique. Jusqu'à la fin je me suis attendu à une prise de position qui n'est pas venue, les trop nombreux rebondissements étirant la substance de l'oeuvre jusqu'à en réduire l'épaisseur.
Alors que faut-il en penser ? Les avis divergent. On va tout de suite écarter celui de Claire Chazal ("A ne pas manquer !") et celui du Nouvel Observateur parlant du texte en 2006 ("Un monument de bêtise."). Les deux sont trop extrèmes.
De mon point de vue, je serai plus proche de la nuance d'André Lafargue du Parisien lorsqu'il dit : "Une rencontre insolite joliment troussée…". Je réserverai toutefois cette pièce aux amateurs de théâtre ou de curiosités.
Le molière imaginaire
De : Jean-Michel BERIAT & Yvan VARCO
Mise en scène : Roger LOURET
Avec : Roger MIREMONT - Benoit SOLÈS
Salle : THEATRE DES MATHURINS
Horaires : Du mardi au samedi à 19h - matinée le dimanche à 17h30
Horaires Collectivités: sauf le samedi soirée


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