On continue le rattrapage de notre retard cinématographique grâce à la possibilité que nous offre CanalPlay de voir quelques films tous les mois. Ce coup-ci : Entre les murs, palme d'or à Cannes 2008.
L'histoire :
François est un jeune professeur de français dans un collège difficile. Il n'hésite pas à affronter Esmeralda, Souleymane, Khoumba et les autres dans de stimulantes joutes verbales, comme si la langue elle-même était un véritable enjeu. Mais l'apprentissage de la démocratie peut parfois comporter de vrais risques...
Est-ce que ce film a mérité sa palme d'or ?
En fait, j'ai eu beaucoup de mal avec cette docu-fiction, bien réalisée quoiqu'un peu lente, très bien jouée : je n'accroche pas au personnage principal de l'enseignant alors que les élèves sont formidables et surtout si c'est un témoignage, c'est réussi, s'il y a un propos, il est confus.
Ma compagne, entre autres activités, est professeur d'histoire-géographie en ZEP (maintenant Affectations Prioritaires à Valoriser), un collège affublé du sigle ZPV (Zone Prévention Violence). Le sujet du film est donc plus présent pour moi aujourd'hui qu'il ne l'a été avant notre rencontre. Il n'est pas tout à fait étranger non plus du fait de son impact sur notre quotidien.
Si ce film est à voir, c'est parce qu'il est réaliste, parce qu'il est édifiant sur certains aspects, parce que la jeune Esmeralda est une jeune actrice formidable qui arrive à montrer à quel point des jeunes peuvent être à la fois exubérants et attachants.
Il y a dans ce films pas mal de jolis moments. Les élèves sont criants de vérité et François Bégaudeau, professeur écrivain qui y joue son propre rôle est plutôt bon acteur. Le film est un bel instantané de ce que sont les classes mixtes ou difficiles d'aujourd'hui. On finit par rentrer dans cette relation difficile avec ces cancres qui sont aussi des enfants qu'on a envie d'aider. Cela dit, il est aussi édulcoré par le fait que si la classe n'est pas facile, elle reste un peu "sage" pour que l'histoire soit intelligible.
Est-ce le meilleur film du palmarès 2008 ? Je ne sais pas. Probablement que c'est celui qui a tenu la charge humaine la plus forte pour ce qu'on y trouve de réalisme et parce que le sujet ne peut que toucher. Dans tous les cas, ça a du plaire à Ken Loach qui aime les films sociétaux.
Le vrai problème, c'est que si Bégaudeau est honnête, il ne se donne pas le rôle d'un enseignant sans faute. Et que par là, on a quasiment l'impression de voir un enseignant qui provoque les réactions houleuses de certains élèves. Du coup, alors qu'on pourrait se croire dans un documentaire, il se crée un agacement fort envers ce professeur qui relance ses élèves par "Tu ne vas pas nous dire prétentieusement que tu connais le théorème de Pythagore, tu vas nous le réciter".
Donc, en tant que documentaire, bof, si c'est l'histoire des erreurs de ce jeune mec, pourquoi pas...
C'est quand même un constat difficile...
Dans "Entre les murs", on comprend tout le paradoxe de la fonction, tout le courage mais aussi toute la détresse des enseignants actuels. On comprend aussi que l'enfer, ce n'est pas forcément les enfants : c'est aussi les collègues (les dépressifs, les gauchistes absolutistes, les radins), les parents (la difficulté de ceux qui veulent donner toutes les chances à leurs enfants, la détresse de ceux qui ne peuvent les suivre faute de niveau ou encore les conflits avec ceux qui font incomber toutes les fautes de leur petite merveille aux enseignants). la direction pas toujours dans le "management" et surtout la formation des enseignants n'est pas idéale dans ce qui est de la psychologie de la communication.
Et donc, j'ai un problème avec le contenu de ce film...
Les méthodes de Bégaudeau, aussi vraies et vécues soient-elles, sont étonnantes. Je ne veux pas donner un avis péremptoire sur la base d'un docu-fiction, je ne sais à quel point il s'inspire du réel mais le fim sonne parfois comme un plaidoyer à charges contre ceux qui ont choisi ce métier difficile alors qu'il aurait pu, dans l'autre extrême, en faire les héros des temps modernes.
Sur la base du retour expérience de celle avec qui je vis ou même de mon vécu avec des élèves plus vieux, beaucoup moins prompts à s'enflammer, il faut avouer que l'enseignant de ce film manque manifestement de référentiels pour communiquer avec ses élèves, pas du point de vue pédagogique (quoique) mais du point de vue humain.
Le personnage de Bégaudeau tente de créer du lien avec ses élèves. Ce qui est gênant, c'est que celui-ci commet, malgré lui, des erreurs qui hérisseraient les cheveux de tous les spécialistes de la communication non-violente (on est loin des messages-je et d'écoute active de Thomas Gordon). Assez régulièrement, le professeur de Français se laisse aller lui-même à la vanne, à l'ironie voire à un peu d'humiliation. Il y a notamment une séquence où il félicité un élève difficile de son travail et où ni l'élève, ni le public ne sait de prime abord s'il est sérieux. Le héros a perdu la capacité à envoyer simplement ses messages en pratiquant un second degré qui frise parfois l'humiliation ou la prise de position déplacée.
Dans le même ordre d'idées, en mettant en place des exercices de libre expression qu'il ne contrôle pas, il se fait vite déborder. Il reste relativement impassible devant les écarts, les amenant parfois à s'amplifier.
Et il y a pire : Comment comprendre que, lorsqu'un élève lui manque de respect, le professeur quitte sa classe et amène le fautif lui-même au CPE, laissant ainsi sa classe sans surveillance juste après l'incident ? Quel professeur oserait dire à un élève qui l'accuse d'être à la source de ses problèmes : "Il y a des profs qui ont dit ça de toi, je n'en étais pas, " en se désolidarisant des autres pour se disculper ? Quel professeur dirait à des élèves qui ont gloussé qu'elles ont eu une "attitude de pétasse" pour les corriger ensuite quand elles répliquent qu' "On dit insulter, pas traiter" ? Quel professeur irait se plaindre à elles qu'elles ont été répéter l'incident au CPE en les invectivant en pleine cour de récrée devant toute la classe ?
Si le propos du film est de dire, avec honnêteté, "Tous les conflits ne viennent pas des élèves", c'est réussi, sinon c'est flippant. Ce qui me fait douter de tout cela c'est que le héros essaye de conserver le beau rôle dans diverses situations. Le coté documentaire amène à douter des moments "Cercle des poètes disparus" pendant lequel le professeur se présente en chevalier blanc. On finit par penser que c'est plus par culpabilité que par altruisme qu'il défend ses élèves : en les défendant, il fait oublier les causes des problèmes qui peuvent souvent être attribuées à son impuissance...
Dans tous les cas, s'il montre que les élèves ne sont pas des monstres, le film ne fait pas briller les enseignants qui ont l'air perdus... Triste constat, peut-être assez juste.
Mais il y a de bonnes choses.
Au final, le prix pour moi, salue la prestation des élèves et la fantastique direction de ces jeunes acteurs amateurs. La réussite du film, c'est probablement de montrer la difficulté du métier, d'expliquer des choses aux gens qui ne voient ça qu'au travers des journaux télévisés, de montrer que tout n'est pas noir ou blanc et, du coup, de faire taire les fantasmes sur la réalité des jeunes en la montrant dans toute sa complexité.
Mais bon, ce héros joué par un type sympathique, ne l'est pas assez pour qu'on s'y attache... Et on a ien du mal à savoir s'il s'agit d'une complexité intentionnelle et subtile ou juste d'un témoignage cru...
A voir donc, peut-être pas absolument, mais pour se faire un avis.

Brianna enjoys CSS and Advanced Templates. A lot. Still, truth be told, she would prefer a cup of tea and a good book (or anime) above all else. On occasion she remembers that she has a blog.





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