Mercredi dernier, Universal et Spoka m'invitaient à rencontrer Bruno Maman avec quelques autres blogueurs triés sur le volet.
Le rendez-vous donné peu de temps avant l'événement proposait une rencontre originale durant laquelle l'artiste viendrait nous présenter le début de son nouvel album (les 6 premiers titres puisque les autres sont encore en production) dans un lieu original, l'objet sonore.
J'avoue que rencontrer Bruno Maman m'intéressait car je me souvenais de la chanson Qui Sait, (à écouter sur son MySpace), véritable tube dans les années 90.
L'Objet Sonore (19 rue Debellyme, 75003 Paris)
Avant de parler de l'artiste, j'aimerais m'arrêter sur le fameux endroit de la rencontre dont le nom est un hommage à Pierre Schaeffer, père de la musique concrète.
- Première qualité (certes la moindre) de l'endroit, ils se trouve à peu près à 100 mètres de mon lieu de travail en plein marais ce qui en rend l'accès assez simple pour moi.
- Deuxième qualité, il s'agit d'un véritable magasin-musée réservé aux amoureux du design et du son puisqu'on y trouve une partie de la collection privée de ses propriétaires.
- Troisième qualité, ses tenanciers ne sont pas n'importe qui dans le monde du son Haute Fidélité : d'un coté David Blécher, boss de Présence Audio Conseil, temple de la HiFi situé un peu plus loin (10 rue des Filles du Calvaire) et Luca Minchillo, autre spécialiste du son, qui nous a reçu en tant qu'ami de Bruno Maman.
Luca n'a pas vraiment le profil du vendeur de base. Avant de s'attacher aux magnifiques artefacts musicaux de l'objet sonore, celui-ci a été travailler en tant que producteur et animateur dans plusieurs radios (Nova, Radio France) avant d'exercer diverses fonctions dans l'industrie du disque depuis directeur artistique jusqu'à producteur (Virgin, Warner). En 2004, celui-ci décide de quitter les maisons de disque et croise le chemin de David Blécher dont il est voisin du magasin. Si leur rencontre se fait à cause du bruit des travaux, leur amitié naitra grâce à leur amour du son. Ceci donnera naissance à l'objet sonore.
Honnêtement, les équipements proposés par l'objet sonore sont au top de ce qui se fait en terme de qualité d'écoute mais ils sont pour la plupart réservés aux plus aisés d'entre vous (et oui des enceintes à 30000 Euros ça existe). Rien que pour le plaisir des oreilles ou pour les fines analyses de Luca, je vous conseille d'aller y faire un tour. Et pour en savoir plus, cliquez ici.
Bruno Maman
Passons maintenant à la vedette de la soirée, Bruno Maman. Difficile exercice pour un chanteur que de soumettre son album à l'écoute d'inconnus alors que celui-ci n'est pas totalement terminé, épreuve d'autant plus grande que le son proposé par l'équipement de l'objet sonore offre une restitution parfaite de l'enregistrement sorti du studio, pas d'artifices, pas de tricherie, du son brut de toute égalisation.
C'est toujours agréable de rencontrer un chanteur qui est aussi compositeur. J'ai eu la chance d'en rencontrer plusieurs parmi lesquels, par exemple, le très à la mode Thomas Dutronc ou l'excellent bassiste Richard Bona dans un passé où j'ai produit quelques concerts et festivals de musique. Sauf exceptions non citées, les musiciens sont toujours des gens intéressants car ils vivent dans la création.
La première chose qui m'a frappé c'est qu'il avait vieilli. Et oui, le Bruno Maman des années 90 a maintenant dépassé la quarantaine ce qui lui donne un physique plus mûr, plus affirmé. L'homme est très accessible malgré un mélange de caractère affirmé et de distance timide qui le rend complexe. Ce qui frappe le plus en parlant avec lui c'est son immense culture musicale. D'abord attiré par le jazz, celui-ci n'oublie pas la variété qu'il écoutait enfant, les artistes qui l'ont influencé, les rencontres qui l'ont enrichi, le tout le rendant érudit dans de nombreux styles. Au chapitre des collaborations, celle qui revient le plus dans son discours est celle d'Alain Goraguer, arrangeur de Boris Vian et de Serge Gainsbourg qui collabore avec Bruno Maman depuis son 3ème album. De ce travail commun, l'artiste a gardé une règle : une chanson doit exister avec rien, un piano ou une guitare.
Et c'est comme ça que commence ce nouvel album qui ne sortira qu'en septembre 2008 chez AZ/Universal, avec une chanson simple, sans artifice. Le titre Léa enregistré en une seule prise montre qu'il suffit d'un piano à Bruno Maman pour faire naitre une grande émotion. Il est vrai que l'équipement sonore de l'endroit amplifiait le coté "Live" de la chose mais on sent bien que cette chanson se passe de tout arrangement. Comme une plainte amoureuse, Bruno Maman y parle d'amour avec une voix qui rappelle un peu Christophe, une référence qu'il ne renie pas.
La suite est aussi diversifiée que le spectre des goûts musicaux du chanteur. Place de Wazemmes Une ballade avec orchestration à l'ancienne, Sans se connaître un futur tube électro fait de samples et de voix hypnotiques, Comment font les poissons un titre aux influences orientales... Aussi protéiforme que sa musique, la voix de Bruno Maman s'adapte à chaque chanson avec les variations d'un instrument de musique.
En demandant à l'artiste ce qu'il pensait de la difficulté de catégoriser son disque tant chacun des morceaux différait des autres, celui-ci a évoqué les émotions apportées par une bande originale de film. Et c'est vrai ! Cette rencontre a été un voyage dans l'univers de Bruno Maman, un univers riche qui redonne au mot variété son sens premier de polyvalence. Et puis, disons-le, il existe un point commun entre chacun des titres, une volonté de partager la musique avec une vraie envie de perfection.