BD, Romans, Littérature Cinéma Liens Scénarios Writing

Les 7 liens de la semaine #1


En Français :

  • Pourquoi les super-héros n’ont-ils pas libéré Auschwitz ?
    Compte-rendu de la table ronde organisée par le Mémorial de la Shoah dans le cadre de l’exposition « Shoah et Bande Dessinée » avec Chris Claremont, légendaire scénariste des X-Men, Jean-Pierre Dionnet, auteur mythique et fondateur de Métal Hurlant, Tal Bruttmann, historien et Philippe Guedj, journaliste.

En Anglais :

Cette semaine, merci à Frans-Alexandre Torreele pour son idée de lien.

BD, Romans, Littérature Comment j'écris Scénarios Structure Télévision Writing

Je m’appelle Davy Mourier et voilà comment j’écris…


 

 

Davy Mourier est scénariste et dessinateur de BD. Il est également comédien et auteur de sketchs pour des vidéos Internet, et fait de la scène dans des one-man shows qu’il écrit lui-même. Pour la télévision, il travaille avec le Studio 4 de France Télévision sur la série Reboot en prise de vue réelle, co-écrite avec Lewis Trondheim, et le dessin animé La Petite Mort qu’il scénarise avec l’aide de Marie de Banville.

En 2016, Davy Mourier a publié  « quelques » albums : Loup-Phoque et La Petite Morte, dessinés par lui-même, Relation Cheap avec Elosterv, Super Caca avec Stan Silas, et Dieu n’aime pas Papa avec Camille Moog  (DISCLAIMER : je suis l’éditeur de cet album). Il a également participé au collectif BD « We are the 90’s », « où l’on peut le voir en photo à l’âge de 18 ans » me demande-t-il de préciser.

Egalement parolier, graphiste, animateur de télévision, Davy est un « slasher » qui aime raconter des histoires quel qu’en soit le support. C’est aussi un pote. C’était donc normal de démarrer cette série de portraits avec lui.

 

Là, tout de suite, sur quoi tu écris ?

En ce moment, je travaille sur plein de projets différents et c’est vraiment cool. En mars, j’intègre avec bonheur le journal Fluide Glacial, le magazine de mes premières érections s’il vous plait, avec une BD sur Dieu très irrévérencieuse : Y a pas de miracle. C’est le projet sur lequel j’ai planché ces derniers jours, notamment mardi pendant que j’attendais mon RDV aux urgences proctologiques (true story).

Mercredi, j’ai validé un storyboard de Dav qui travaille sur une BD que j’ai scénarisée tirée de l’univers des As de la jungle. Hier, on a revu la trame scénaristique de la série Reboot avec Lewis Trondheim via FaceTime. Se voir, c’est toujours mieux pour inventer que le seul téléphone.  Et jeudi dernier, j’ai aidé Eléonore Costes à écrire un premier sketch qu’elle va bientôt jouer sur scène, elle avait déjà écrit le corps du sketch et je suis juste venu ajouter des vannes et proposer quelques pistes en plus.

 

Tes premiers souvenirs d’écriture ?  

J’ai toujours écrit mais sans m’en rendre compte. Ma première BD date du CP. J’avais inventé les aventures de « l’épée », un chevalier qui avait une épée avec une lame en flamme qui pouvait rentrer dans son manche. Oui, j’avais vu Star Wars.

J’étais persuadé que j’étais soit un dessinateur, soit un humoriste. Je n’avais jamais fait attention à l’idée que le point commun de tout ça, c’était des histoires racontées. Je crois que je n’ai conscience d’être auteur que depuis 2-3 ans.

Je crois que je n’ai conscience d’être auteur que depuis 2-3 ans.

D’où est venue l’envie ?

Le névrosé obsessionnel que je suis a besoin de pouvoir maîtriser les événements de la vie. L’imaginaire est un endroit bienveillant et chaud dans lequel on est dieu. On maîtrise tout. C’est une fuite et un besoin. Quand je perds le contrôle dans la réalité, j’écris pour me donner la sensation de pouvoir influencer la réalité.

Aujourd’hui, je gagne ma vie grâce à ce que j’écris… On va dire que, quelque part, ça marche un peu :  j’influe sur ma réalité.

 

Quand t’es-tu senti professionnel ?

Question très compliquée. Comment savoir à quel moment tu passes d’amateur à professionnel ? Tu ne reçois pas de lettre, ou de diplôme. Facebook ne te propose pas automatiquement de changer ton statut. Je ne sais même pas si on peut se dire professionnel après avoir édité une BD. Refaisons un peu l’historique de ma vie… Rapidement hein 🙂

J’ai commencé à écrire des BD en primaire. Je crois qu’on peut dire que j’étais amateur. J’ai écrit des sketchs vidéos au collège, je crois qu’on peut dire que j’étais amateur, ma vanne sur le caca cola ne trouvant pas acheteur. Des années plus tard avec Poulpe et Didier Richard,  on a écrit NerdZ, une web série qui a trouvé un producteur lors de la saison 3 en la personne d’Ankama. Donc, là on serait tenté de dire que je suis devenu pro à ce moment-là. Mais, non. Parce que je ne gagnais pas ma vie en écrivant à l’époque. J’ai sorti 2 BD en 2009 mais le tout était encore trop amateur dans la forme et le fonctionnement.

Je pense que je suis professionnel depuis le Golden Show écrit avec Monsieur Poulpe et François Descraques. On était payés pour sortir tous les mois 26 minutes de sketchs. La récurrence du paiement m’a donné le sentiment d’enfin faire ce travail.

 

Est-ce qu’il y a des thèmes récurrents dont ton œuvre ?

Alors, forcément on ne s’en rend pas compte tout de suite hein, heureusement d’ailleurs. Mais oui comme tous les auteurs, j’ai mes lubies. Les gens qui connaissent mon travail auraient tendance à répondre rapidement que tout tourne autour de la dépression et de la mort en plus des blagues sur le caca. Mais, ça, c’est la face visible de l’iceberg.

En vrai, mes BD et mes séries parlent de déterminisme social, toujours, tout le temps. Je suis obnubilé par ce truc. Surement parce que je suis ardéchois et que pendant 5 ans, j’ai été fonctionnaire de mairie comme mon père dans la même mairie que lui. Quand tu rêves de faire un travail artistique c’est très dur de savoir si, justement, tu rêves ou si tu en es capable. Es-tu fait pour passer de la norme à la marge ?

Mes BD et mes séries parlent de déterminisme social, toujours, tout le temps.

La Petite Mort parle de ça, quand tes parents sont faucheurs, as-tu le droit de faire un autre métier, fleuriste par exemple ? Dans Reboot, le héros est vendeur de fruits et légumes et on vient lui dire que tout ça c’est faux, qu’en réalité, c’est un robot. Dans Super Caca, on refuse à Luca l’entrée de l’école Imagischool parce que les examens ont révélé qu’il n’avait pas assez d’imagination, mais il force le concours et prouve à tout le monde que lui aussi peu réaliser son rêve.

Je crois que j’ai vraiment eu peur de ne jamais vivre de mon imaginaire, du coup, ça influence la plupart de mes œuvres.

Anecdotes, le derniers spectacle de Davy au Sentier des Halles

 

Quelle est ta routine de travail ?

Je travaille n’importe quand. Pas d’obligation. Mais je tiens des plannings hyper-complets sur mon mac avec des dates de rendu. Je ne suis jamais en retard parce que la peur de ne pas rendre quelque chose à l’heure fait qu’automatiquement, je me mets à écrire quand il faut. En fait, c’est en interne que la gestion du temps se fait vraiment. Par contre, lorsque je m’oblige à écrire un truc précis, je me retrouve souvent à écrire autre chose.

 

Quels sont tes outils ?

C’est vaste. Pour mes BD, j’ai des petits cahiers de croquis. Sinon, j’utilise énormément l’outil NOTES de mon iPhone. Je crée des tonnes de notes avec plein d’idées dedans.

Lorsque je travaille avec d’autres auteurs, je crée des Google Doc pour pouvoir travailler à distance, c’est un outil de collaboration fabuleux.

 

Ton environnement d’écriture préféré :

J’aime écrire dans les transports. Le train étant mon préféré. Je me sens tout seul au milieu des gens, complètement concentré. J’adore.

J’aime écrire lorsque les gens dorment ou regardent à travers la fenêtre du train.  Sinon je travaille au milieu de mes étagères de BD, devant la TV, si possible devant un programme un peu nul d’NRJ12… mais surtout jamais en musique. Je ne peux pas écrire quand il y a de la musique.

J’aime écrire lorsque les gens dorment ou regardent à travers la fenêtre du train.

 

Comment abordes-tu un nouveau projet ?

Il n’y pas une méthode que j’applique à chaque fois. Il y en a plusieurs :

  • Lorsque j’écris sur un projet où je serai seul à intervenir, j’improvise à fond. En BD, je commence à finaliser des planches alors que je n’ai pas la fin de l’histoire. Je me laisse guider par le flot des idées et c’est « grave bon », ça me met sous adrénaline. On se dit, merde je suis coincé, j’ai dessiné 50 pages et ça ne fonctionne pas, je ne m’en sortirai jamais… et puis pouf, on trouve la solution et on est fier. Souvent, pour ne pas partir complètement dans le vide, j’écris le gag de la page de début, des mots-clés de sujets que je voudrais aborder et une piste pour la fin, ça peut être un seul mot ou un truc très court comme : quelqu’un meurt. Et après pouf c’est parti.
  • Lorsque j’écris avec un coscénariste, là, c’est plus technique, parce que tu n’as pas le droit d’être bordélique quand tu écris à deux. Donc c’est synopsis, puis synopsis détaillé, puis encore plus détaillé, des bouts de dialogues importants. Ensuite, on décide de qui va écrire les dialogues et c’est parti.
  • Lorsque j’écris une BD pour un dessinateur. Je travaille un peu comme avec un coscénariste mais en laissant plus de place à l’impro.

J’écris un synopsis, puis un synopsis plus long. Ensuite je prends un Google Doc et je marque le nombre de pages que j’ai dans l’album. Page 1, Page 2, etc… jusqu’à 46. Ensuite, je fais un CTRL-X sur des bouts de phrases de mon synopsis long que je colle sous page 1, page 2, etc.

Ensuite quand j’ai tous les événements qui rentrent dans le bon nombre de pages, je dialogue directement. C’est là où je laisse l’impro prendre de la place. Des fois, ça finit par changer l’album.

 

Pour toi, quel est l’ingrédient principal d’une bonne histoire ?

Il faut savoir faire rire et savoir faire pleurer. Émouvoir c’est important. Il faut bousculer les sentiments dans la tête du lecteur ou du spectateur.

Il faut de l’amour, de la mort et de la surprise.

Il faut de l’amour, de la mort et de la surprise.

 

Aujourd’hui, et hors de ta prochaine histoire, de quelle histoire es-tu le plus fier ?

C’est compliqué. Je crois que je suis fier d’une chanson écrite, il y a quelques années qui s’appelle : Alice, Peter et les autres.

Peu de gens ont lu, et encore moins entendu, cette chanson donc ce n’est clairement pas mon œuvre la plus connue, mais ce que j’aime dans cette chanson c’est qu’elle résume ma vie sans fioritures et en très peu de mots.

Quand j’entends ces mots, je me dis qu’ils sont à la bonne place et que leur sonorité fonctionne.

Dans un registre plus connu, j’aime beaucoup mon sketch « J’aime plus » qui fait sourire et fout le cafard en 1 minutes 15.  Plus le temps passe et plus j’aime toucher les gens. Comme je le disais, j’aime l’exercice de faire rire et de faire pleurer dans une même œuvre.

 

A l’inverse, parle nous d’un gros ratage ?

J’ai écrit un sketch pour Golden Moustache qui s’appelle le Non-sens de la vie. Avec une fin ultra violente ou un fœtus se tire une balle dans la tête après avoir vu sa vie future triste et dépourvue d’art. Je ne voyais aucun problème au moment de l’écriture. Les images ont été tournées et le sketch n’a jamais été diffusé parce que le résultat est effectivement ultra violent. Pire, on ne comprend pas du tout mon message, parce qu’après une telle scène il faut un message. Je me suis rendu compte que j’étais trop flou et que le public pouvait y voir tout et n’importe quoi dont un appel au suicide. Ce n’était pas du tout mon intention et on a laissé de côté le sketch. J’ai essayé de revoir le script pour tourner une nouvelle fin… 4 fois !

Et puis finalement, la vidéo est sortie avec une autre fin. C’est bien moins fort que ce que j’avais imaginé au départ.

 

Comment construit-on un bon personnage ? De quoi pars-tu ?

Je pars de moi. Parce que c’est le matériel que je connais le plus. Ensuite je pars de mes amis proches ou de ma famille. J’injecte un peu de l’un dans un autre et je fabrique mes personnages. Je n’écris jamais de storyline pour les persos. Je décide de leurs qualités et de leurs défauts et je laisse l’histoire les façonner.

 

Une astuce pour qu’un dialogue ou un texte sonne juste ?

Faut que ce soit beau et que tu aies envie de le relire. J’aime bien les rimes et si ça ne rime pas, il faut quand même que le rythme soit bon. Les belles phrases, les bonnes vannes ont toutes leur rythme. C’est une musique qu’il faut savoir écouter.

Les belles phrases, les bonnes vannes ont toutes leur rythme. C’est une musique qu’il faut savoir écouter.

La scène, le dialogue ou le texte que tu as eu le plus de mal à écrire ?

C’est fou. Je crois qu’on oublie les blocages avec le temps. Je n’arrive pas à me rappeler d’un gros blocage. Pour en prendre un petit, je me suis retrouvé bloqué sur le milieu de la petite mort 3. Je connaissais la fin. J’avais dessiné le début… Mais je n’arrivais pas à relier les deux. Comme je l’ai dit, quand j’écris seul, j’écris de manière désordonnée, parce que j’aime me surprendre, je suis mon premier lecteur. La Petite Mort est écrite en partie à l’impro pour cela. Ma solution a été d’écrire un autre scénario et de laisser ce problème en tâche de fond, la solution est venue toute seule.

 

La dernière bonne histoire que tu as lue, vue ou entendue ?

C’est une BD de chez Lapin qui m’a été conseillée et offerte par un libraire chez qui je dédicaçais à Dijon : AB Absurdo c’est vraiment très très drôle, pas bête et méchant. Bon après c’est des gags. Sinon, une histoire qui m’a plu dernièrement, Hmm… 3% sur Netflix. On sent le manque de budget mais y a une vraie idée de SF plutôt réaliste avec quelques passages plutôt sympa.

 

A l’inverse, la dernière fois que tu as été accroché par la promesse d’une histoire ou par un pitch et qu’au final, tu as été déçu ?

Je vais me faire détester par pas mal de gens mais : Stranger Things m’a vraiment déçu. La promesse est belle, la réa est jolie, les comédiens sont cools, les décors et costumes sont juste oufs… et puis… et puis ben… y a pas de scénariste. L’histoire est pas hyper compréhensible, on ne pige pas trop le monstre, les événements sont mal branlés et l’épisode final est vraiment à l’image de tout ça, un soufflet qui retombe sans qu’on ait vraiment compris les tenants et les aboutissants de l’ensemble, un combat tout pourri et un cliff’ tiré par les cheveux.

Arrête de tuer tes personnages à la fin.

Le meilleur conseil d’écriture que tu as reçu ?

Bruno « Navo » Muschio m’a dit : « Arrête de tuer tes personnages à la fin. ».

Je ne l’ai pas écouté mais maintenant, je les tue en ayant conscience que j’aime les tuer.

 

Le(s) livre(s) qu’il faut absolument avoir lu pour comprendre comment bien raconter une histoire ?

Le guide du scénariste de Christopher Vogler parce que c’est la base de toute aventures qui est expliquée ici. Star Wars, le Seigneur des Anneaux, Vogler explique que pour ses films mythiques la recette est toujours la même. C’est très bon de connaitre tout ça pour essayer de s’en éloigner.

 

Le scénariste que tu admires par-dessus tout ?

J’hésite. Il y en a beaucoup… Lewis Trondheim, Larcenet, Alexandre Astier, Joss Whedon, Franquin, Goscinny…

Je les aime tous, pour des raisons différentes. Ils m’ont tous ébahi à un moment de ma vie. Celui qui me touche le plus est peut-être bien Larcenet, mais c’est surtout parce que ses névroses trouvent écho dans les miennes. Il sait me faire monter les larmes aux yeux comme personne. Et puis il y a Goscinny, magistral de part sa technique. Il a une mécanique hyper bien huilée et il fait rire à chaque coup. Astérix c’est une leçon, c’est la bande dessinée d’humour dans ce qu’il y a de plus parfait dans le rythme et la blague.

 

L’histoire que tu aurais aimé avoir écrite ?

On fera avec, justement de Larcenet. Parce que lorsque j’étais dans des bureaux à faire des trucs de bureau et que je rêvais de gagner ma vie en racontant des histoires, J’avais en fond d’écran sur mon ordinateur une page de cette BD, une page qui me rappelait à chaque coup d’œil que je devais me battre pour partir de ce bureau. Tous les jours, j’écrivais des strips ou des sketchs pour un jour faire le métier de mes rêves.

Page issue d’On Fera Avec, de Manu Larcenet, édition Les Rêveurs

 

Les histoires que tu offres souvent ?

  • Macanudo : Je suis amoureux de Macanudo de Liniers. En un strip, parfois absurde, parfois tendre, Liniers crée un univers où l’on est immédiatement projeté. Il est d’une efficacité hallucinante. Lire un recueil de strips de Liniers, c’est sourire, penser, se remettre en question, re-rire, 3 fois par pages. Chaque strip est une histoire.
  • Le combat ordinaire : Parce que Larcenet a su raconter la vie et les gens qui la peuplent d’une manière très poétique.
  • On fera avec : Déjà dit et parce que Larcenet raconte le passage à l’âge adulte d’une manière féroce.
  • Le pays des trois sourires : Parce que Trondheim nous entraine dans une aventure anodine qui devient de plus en plus énorme jusqu’à devenir une des plus belles fins de bande dessinée formée de strips.
  • Le trop grand vide d’Alphonse tabouret : C’est une histoire magnifique sur la naïveté de l’enfance.

J’offre ces BD parce qu’elles m’ont remué et donné envie de me mettre à raconter moi aussi des histoires et d’essayer d’en faire des aussi jolies.

 

Si c’était possible, qui voudrais-tu voir répondre à ce questionnaire ?

Lewis Trondheim, Navo, Alexandre Astier, Larcenet, Liniers, Joss Whedon

 

La photo de Davy dans son bureau est de Vincent Anceaume.

BD, Romans, Littérature Writing

Comment j’ai rencontré Elise Costa (mais pas Britney Spears).


NB : Note initialement publiée sur mon blog précédent, le 24 juin 2010.

Il serait présomptueux de ma part de vous dire que je connais Elise Costa. Il serait probablement plus correct de vous dire que je lui ai déjà parlé, que nous nous sommes croisés.

  • La première fois, c’était alors que nous essayions de rendre le moral à une amie commune qui passait une sale journée (les amies de mes amies étant mes amies, Elise serait-elle mon amie ?).
  • La seconde fois, c’était en cherchant à échanger nos places pour optimiser notre vision du très drôle spectacle Spamalot auquel l’amie susévoquée (j’invente des mots si je veux) nous avait conviés.

Elise-costa

Bref, la chronique ci-dessous, aussi subjective soit-elle, ne peut être apparentée à de la camaraderie et je vous prie de croire qu’il faut absolument lire Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears, premier livre d’Elise tout juste sorti dans toutes les bonnes librairies.

« Mais pourquoi lire ce livre ? », me demanderez-vous sans me faire l’honneur d’une confiance aveugle dans mon discernement, bande de petits galopins.

Commençons par le contenu… Difficile de vous résumer le roman en quelques mots. Disons qu’il s’agit d’un road trip sur les traces de Britney Spears. De New York à Los Angelès, en passant par la Louisiane, l’auteur enquête sur le phénomène B.S. tout en cotoyant l’Amérique « profonde ». Dissertant avec humour, et quand même pas mal de profondeur, sur l’époque, celle-ci décortique le mythe, cherche l’être humain qui se cache derrière et raconte son expérience solitaire sur les routes d’un concert de la star. Le tout est écrit avec érudition et brio, le style est remarquable. La thématique offre un grand écart réussi entre l’enthousiasme décomplexé de Fan De et la branchitude désabusée de Californication, c’est extrêmement drôle, bien vu et documenté. Bref, lisez-le !

« Mais finalement, c’est qui cette Elise Costa ? »

Est-ce un auteur important ? Que savons-nous d’elle après la lecture ? Pourquoi s’intéresser à cette auteur et pas à une autre ?

  • Elise Costa est rousse (ok ça n’a rien de littéraire et peut paraître futile mais j’arrête tout de suite les détracteurs de cette couleur, chez moi, c’est une grande qualité);
  • Elise Costa dégage beaucoup d’intelligence, c’est comme ça, c’est dans son regard, c’est non négociable;
  • Elise Costa est drôle. Si aucune de nos rencontres ne s’est prêtée à l’exercice de l’humour déchainé, je vous conseille d’aller faire un tour sur son blog Fuck You Billy pour vous en rendre compte (vous aussi vous découvrirez la frustation de ne pouvoir lui laisser des commentaires aussi brillants que « ha ouais moi comme toi » ou « hu hu hu »);
  • Elise Costa écrit « vachement » bien. C’est sensible dans ses notes de blog, dans ses chroniques pour la presse, c’est encore plus flagrant dans son livre. Rares sont les auteurs aussi fluides. Rares sont ceux qui peuvent écrire propylée, antépathe et dithyrambes sans me donner envie de jeter leur livre en pâture aux fans de Marc Levy…
  • Elise Costa peut écrire une note de bas de page sur l’hyperréel en tant qu’univers de simulation ou sur la définition du heavy metal avec autant de style qu’une autre note évoquant les rapports entre sodomie et problèmes gastriques. C’est ça, la classe.
  • Elise Costa est une enfant terrible de son époque, une trentenaire qui a absorbé tout ce que nous avons traversé (des 80s aux 2000s) et peut citer sur la même page David Duchovny, Tory Spelling, Braindead et la petite maison dans la prairie. Ce qui en fait forcément quelqu’un de bien.
  • En fait, Elise Costa, c’est la fille démoniaque née de la partouse improbable entre Jean Chalopin, Philippe Manoeuvre, Vincent Delerm, Alain Chabat, Chuck Palahniuk, Marc Toesca, Frédéric Beigbeder, Jon Stewart, Charles Bukowski et Kevin Smith (cette orgie a vraiment eu lieu mais je ne peux en dire plus).
  • Elise Costa est très calée en musique. Elle est à Britney Spears ce qu’Olivier Cachin est au Rap ou à Michael Jackson. Même ce dont elle dit se moquer, elle le sait. C’est dans son livre. La seule anecdote digne d’intérêt qui n’y est pas, c’est l' »emballage » de B.S. par Neil Strauss relatée dans The Game, autre livre rock’n roll (sous couvert de manuel de la drague) que je vous conseille grandement.
  • Elise Costa ne se trompe que deux fois dans son livre :
    • p. 81 : « Les deux plus grands teen movies de tous les temps sont Bring It On et ClueLess »… Pfff, on sait bien que le meilleur teen movie du monde, c’est La folle journée de Ferris Bueller.
    • p. 215, en parlant des Pussycat Dolls, elle écrit « Le girls band, à l’origine d’anciennes strip-teaseuses de Las Vegas ». A l’origine, il s’agissait en fait d’une revue burlesque du Viper Room créée sur Sunset Boulevard à Hollywood. Le show de Las Vegas, qui n’a du « strip » que l’emplacement, a été créé bien après le groupe, en 2005.
  • Elise Costa a déjà pété la gueule deux fois à Chuck Norris (ce qui n’est pas dans son livre mais qui rattrape drôlement bien le point précédent).

Si avec tout ça, vous n’êtes pas convaincus, je ne peux plus rien pour vous…

A part vous mettre un lien pour l’acheter : Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears